Show Girls
La nuit était tombée sur San Diego alors que nous
venions de quitter La Jolla pour reprendre le chemin de notre hôtel, au volant
de du coupé Ford Thunderbird, joliment carrossé de blanc. C’est mon collègue
de mission qui l’avait choisi en posant son doigt sur la plaquette du
loueur. Malgré le fait que ce soit exactement l’opposé de ce que à quoi nous
avions droit comme type de véhicule, « Nanard » tenta de me
rassurer en précisant qu’ils n’y verraient que du feu au niveau sur surcoût.
Avec deux dollars supplémentaires par jour de location, ce n’était vraiment
pas la peine de s’en priver !
Nous roulions sur la San Diego
Freeway bercés par l’easy listening de KXO, la radio FM locale. Notre digestion
s’annonçait difficile, car celui qui pense que l’on mange mal aux
« States » n’a jamais fait le voyage. Chaque soir fut l’occasion
de tester une nouvelle cuisine, sans parler du vin californien. Je disais
donc, dans un état semi-comateux avancé, la voiture nous guidait tout droit
vers downtown, sans que nous y portions grand intérêt. C’est alors qu’au
moment de croiser la 8 à la hauteur de Sea World, Nanard s’écria
soudain : « Prends la sortie, c’est là ! ».
Je sursautai, le temps de
tourner le volant pour m’engager dans la bretelle de sortie, avant même de
comprendre de quoi il s’agissait. Mais le souvenir d’une discussion me
revint à l’esprit. Un lieu que nous avions évoqué ensemble et qu’il avait
connu lors d’une précédente mission, mais impossible à replacer sur une
carte de San Diego. A cette époque Google n’existait pas pour retrouver ce
genre d’aiguille dans une botte de rues parallèles et perpendiculaires, qui
se ressemblaient toutes. Mais cette fois-ci Nanard avait eu comme une
illumination qui lui permit de localiser le totem du plaisir. Les GIRLS !!
Il était là, érigé devant nous dans la nuit comme une révélation. Le panneau lumineux jouxtait un petit bâtiment isolé au milieu d’un parking. L’endroit semblait assez désertique et des ombres fantomatiques coiffées de bobs s’animaient près de ce qui devait l’entrée. Les boys de la Navy probablement, fort nombreux aux abords du port depuis que la marine avaient dû abandonner Pearl Habor pour le sécurisé San Diego. Nanard m’avait bien prévenu, il n’y avait que les marins pour finir dans ce genre de lieu de débauche. Les marins et nous bien sûr.
A voir toutes ces tenues blanches virevolter autour de moi, j’avais l’impression de me retrouver plongé dans un film américain des 60’s en imaginant presque Steve McQueen quitter la Canonnière du Yang-Tse pour venir passer un bon moment chez Les Girls !
J’entrai le premier en tant qu’anglophone averti et responsable de mission, toutes les missions, me retrouvant face à la billetterie et de sa vendeuse. Inutile de préciser que n’étions pas à la Salle Pleyel ou tout autre théâtre parisien, même de province. Là j’ai directement plongé dans le vif du sujet et l’imposant décolleté de notre hôtesse. Le ton était donné, tout comme l’entrée d’ailleurs, mais il valait mieux prévoir de la petite monnaie pour la suite … Les deux entrées acquittées, la fille m’invita à faire preuve de générosité en secouant sa voluptueuse poitrine qui faillit jaillir de son minuscule soutien-gorge à paillettes. Nanard me fit signe de lâcher un petit dollar pour le pourboire, alors que nous n’avions encore rien consommé.
Dans le petit couloir menant
au mystère des Girls, un gars de la Navy équipé d’une gigantesque caméra vidéo
devenue vintage de nos jours, parlementait avec une fille de la salle. J’avais
compris qu’en dehors du spectacle permanent, il y avait également des
cabines privées où l’on pouvait jouir d’une prestation personnalisée, mais
sans contact avec la danseuse. Ce marin devait sûrement partir pour une
longue période en mer et vouloir emporter avec lui un souvenir impérissable,
pour ses moments de solitude, dans l’intimité de sa couche. A portée de
l’entrée de la salle et du grondement de la musique, l’étau se resserra un
peu plus en nous forçant à franchir une haie d’honneur assez insolite. Oh,
pas comme celle d’un mariage avec jets de grains de riz, mais plutôt dans le
genre … atomique !
Une haie d’honneur et non pas
d’horreurs limitait l’accès des portes battantes, nos charmantes hôtesses d’accueil
ayant de quoi déstabiliser le plus aguerri des marines. Je tournais de l’œil
dans tous les sens de leurs mensurations proches de la perfection. N’allez
pas croire que nous devions franchir une barricade de bimbos siliconées.
Ces jeunes filles au sourire en quête du moindre billet vert étaient tout
simplement … superbes !
N’écoutant que mon courage et
une voix annonçant le début d’une nouvelle prestation, je m’engouffrai au travers
du flot de poitrines attrayantes et nues, pour certaines. Mon compagnon
d’infortune me poussait pour ne pas rater le prochain numéro et la musique
déferla sur scène au moment même où nous pénétrions enfin dans la salle de
spectacle. C’était comme un petit théâtre, sauf que l’ouvreuse nous
attendait sur scène. A l’époque, mon esprit chaste n’était pas encore
pollué par d’innombrables images de gogo danseuses se frottant lascivement
contre une barre. Cela tombait bien, car ce n’était pas du goût de la maison.
Nous nous sommes installés discrètement au milieu de la salle, les rangées de fauteuils étant aux trois quarts vides. Une brève annonce servit d’introduction à la nouvelle danseuse qui apparut soudain sur scène dans une robe scintillante, qui ne dissimulait rien de ses jambes interminables. Elle n’avait pas vingt ans et venait de Denver, du moins c’est ce que révélait le commentaire distillé par une autre danseuse, aux manettes du spectacle. Cela faisait très familial comme organisation.
Mais revenons au spectacle et
au show de cette magnifique créature qui déambulait d’un bout à l’autre de la
scène en de redoutables arabesques de danseuse confirmée. En comptant le
prix de l’entrée et le dollar glissé dans le décolleté de la caissière,
nous en avions déjà pour notre argent. Mais d’autres dollars commencèrent à
fuser pour inviter la demoiselle à donner le meilleur d’elle-même. C’est
alors que la robe à paillettes s’éclipsa d’un coup de scratch magique pour
livrer à nos regards ébahis, une vision d’une tout autre dimension. Bref,
j’avais en « live » la révélation d’un corps de rêve !
Je suivais le mouvement de ses
gestes toniques, sublimant chaque muscle de son corps mise à nu, ou presque.
Je me alors demandé quelle loi de la dynamique pouvait bien maintenir en
équilibre isostatique son soutien-gorge, sans parler de la contrainte liée
à la tension de son string …
Mais le spectacle n’était pas que sur scène. Il se déroulait également au premier rang, côté jardin ( à gauche ). Un black élégant comme un dandy et accoudé au bord de la scène annotait d’une voix portante, chacun des écarts gymnastiques de la danseuse, surtout quand ils étaient grands. Les dollars pleuvaient sur la scène et je compris très vite que c’était une technique pour favoriser l’effeuillage de la belle. Quand le sol fut suffisamment couvert de billets, son soutien-gorge fit sa révérence et dévoila une poitrine qui transgressait une autre loi, celle de la gravité.
Pour l’instant nous évitions
de payer pour voir, car la générosité des premiers rangs dépassait toutes nos
attentes. Il y eut comme un silence lorsque le string rendit grâce et glissa
lentement le long des jambes effilées de la danseuse. J’avais bien imaginé
la découvrir totalement nue à un moment ou à un autre, mais là … c’était
fait !
Sublime.
Il n’y avait pas d’autre mot. Cette fille était sublime, habillée de lumière.
Sa prestation ne s’était pas adaptée à cette nouvelle mise à nu, bien au
contraire. Elle ne voilait rien de son arrogante beauté, venant même s’asseoir
au bord de la scène pour attiser le regard des spectateurs du premier rang. Les
pieds posés sur les accoudoirs du fauteuil d’une malheureuse victime
consentante de la Navy, elle saisit son bob et la tête avec pour les incruster
entre ses seins. Je pense qu’à cet instant, chacun d’entre nous a rêvé de
vivre le même cauchemar …
La vision dantesque du marin
en perdition le visage scotché aux seins de la redoutable sirène, déclencha un
tonnerre de sifflets accompagné d’une enthousiasmante valse de billets
verts. Notre ami black applaudissait des deux mains en lançant des
« Absolutely ! » qu’il fallait prendre au sens coquin du
terme. Je me demandais bien jusqu’où pouvait aller ce contact étroit avec le
public, sachant qu’il y avait toujours une limite à ne pas dépasser. Quand
le pauvre homme tenta de poser ses mains sur la fille pour se libérer de
son emprise mammaire, celle-ci virevolta et s’éclipsa dans une pirouette,
dévoilant au passage les traits finement ciselés de son intimité.
Le noir sec, celui de l’éclairage et non pas le dandy, permit à la danseuse de récolter son dû avant de filer dans les coulisses. Changement d’animatrice à la console et nous voilà repartis pour un nouveau show ! Blondes et brunes se succédaient sur scène, toutes plus belles les unes que les autres. Comment de telles beautés pouvaient bien se satisfaire d’une si petite salle ? Mais l’heure n’était pas aux questions hautement philosophiques. Lorsque le premier rang se libéra, je sentis la main de Nanard s’accrocher à mon bras pour me faire signe d’y aller à notre tour et ainsi jouir pleinement du spectacle. Je me doutais bien que pour en profiter, nous allions en profiter.
La musique démarra en douceur
pendant que la mouche de la poursuite cherchait à se caler à la jonction des
rideaux. Soudain une jambe transperça le velours rouge sous le glissando
sensuel d’un sax ténor. Puis une main gantée de noir dévoila lentement la
nouvelle venue. Le spot s’élargit pour mettre en lumière ce qui se révélera
être l’apothéose de notre soirée. Pas un sifflet, pas un mot ne vint troubler
l’entrée de la strip-teaseuse. Tout le monde semblait subjugué par sa flamboyante
beauté. Flamboyante comme sa chevelure, et à en croire l’opaline de sa peau,
il s’agissait bien d’une véritable rousse.
Elle s’avança vers nous, moulée dans un fourreau de satin du même noir que ses gants. Quand elle fit glisser le zip de sa robe le long de son flanc et que la pâleur de son corps illumina nos esprit, il souffla comme un vent irréel qui nous plongea tout à coup dans une intense torpeur. Le choc de l’entrée avait quelque peu figé les billets verts, restant emprisonnés dans les mains du public. Mais il fallait alimenter le spectacle pour qu’il nous livre tous ces bienfaits. Mais j’avais le sentiment que personne ne voulait qu’il évolue trop rapidement. Et pour cause.
Quand le tapis de dollars commença à se garnir, la robe glissa définitivement vers le fond de la scène. Je n’avais d’yeux que pour sa peau laiteuse et ses boucles de feu qui tombaient en cascade sur ses épaules. Placée à quelques mètres de notre siège, rien ne pouvait échapper à nos regards espiègles. Que ce soit plissé de son string esquissant un sillon de volupté ou l’opulence de sa poitrine aux mamelons érigés qui défiait avec insolence notre libre arbitre. Elle nous apparut soudainement comme l’icône de la luxure, le maître-étalon du désir.
Je ne sais pas si c’est
l’effet de proximité qui nous fit craindre le pire, mais nous redoutions
déjà la suite des évènements. Nanard grilla un fusible en balançant ses
dollars et un « Absolutely ! » digne du black qui avait disparu.
Je misai à mon tour pour voir, pendant que la diablesse ondulait d’une
croupe digne à damner le plus inébranlable des reclus. Elle jouait du string
en virtuose, le faisant apparaître et disparaître au gré des circonvolutions
de son fessier. Détournant notre attention, elle en profita pour dégrafer
le haut et l’envoyer balader au pied du rideau. C’est au moment même où elle
se retourna qu’une nouvelle onde de choc vint balayer la salle.
Le temps n’était plus aux
superlatifs mais à l’extase, face à ce troublant spectacle qui nous faisait
voyager aux confins de la grâce. Rien ne pouvait plus résister à celle qui
évoluait devant nos yeux pour conquérir nos dollars. C’était un show … chaud
… très chaud même, surtout quand elle fit le grand écart devant Nanard au
bord de l’apoplexie. Il ne lui restait que son string, mais encore fallait-il
l’encourager à l’ôter. C’est ce que devina très vite mon collègue, malgré
ses notions basiques d’anglais.
Il roula le billet entre ses
doigts et chercha le moyen de l’introduire dans le minuscule triangle de satin
noir sans toucher à la belle. Avant même que le problème devienne totalement
insoluble, la Flamboyante enchaîna une série de ciseaux avec ses jambes qui
eurent pour effet de rendre ledit string, totalement volatile. Elle reprit place
devant mon Nanard qui venait de virer à l’écarlate. Il n’en croyait pas ses
yeux … Et moi non plus !
Inutile de détailler ce qui
nous apparaissait comme une œuvre de perfection, l’aboutissement de la
création humaine. Nous l’avions sous les yeux et pour ainsi dire, sous le
nez également. Mais impossible de replacer tout cela dans un contexte réel,
tout ceci demeurant dans le domaine du fantasme. Le billet toujours roulé
entre les doigts de mon voisin pétrifié, la danseuse l’invita à le glisser où
bon lui semblerait, mais à défaut de string, le choix devenait terriblement
limité. Alors sans hésiter, l’infortuné Nanard coinça délicatement le
billet entre les lèvres intimes de la Flamboyante qui referma ses jambes et
mit fin au spectacle.
Nous avions atteint le
paroxysme de la frustration en la voyant disparaître. Il ne nous restait
plus qu’à quitter la salle la queue basse haute pour prendre l’air et faire ainsi retomber toute
cette tension accumulée au fil des shows. Nous ne regrettions pas les quelques
coupures de « one dollar » abandonnées sur la scène, ferment de
merveilleux souvenirs qui porteront à jamais le nom de … GIRLS !
(
A présent le Fantasy Show Girls de San Diego est fermé …)

Commentaires
Enregistrer un commentaire