Pause-déjeuner
Ministère de l’Education et de la Recherche, il y a quelques années …
Un soleil éclatant inonde le bureau de l’assistance du ministre, en cette belle journée de printemps. Comme à son habitude, elle profite de la pause-déjeuner pour croquer sa pomme tout en jetant un œil au travers de la baie vitrée qui donne sur le jardin intérieur du bâtiment. Confortablement installée dans son fauteuil, elle abandonne ses escarpins et balance ses pieds sur le bureau, sachant que personne ne viendra la déranger sans être annoncé. Son ordinateur diffuse en sourdine une musique qu’elle écoute sans vraiment y prêter attention. Ses pensées sont ailleurs, captées par une force sans visage qui la submerge depuis plusieurs semaines. C’est alors que retentit la sonnerie du téléphone …
« Bureau du ministre, que puis-je … hmmm c’est toi … je t’attendais … ». Elle a reconnu sa voix chaude qui distille déjà dans les molécules de son corps, l’élixir d’un plaisir sans cesse renouvelé. Chaque jour, elle attend avec impatience son appel qui vient égayer son déjeuner. « Je croquais ma pomme, tu t’en doutes … ». Elle savoure désormais son fruit et les mots suaves de cette Voix qui a su réveiller en elle ce qu’elle croyait endormi à jamais. Grande, élancée, sportive, avec le corps finement ciselé d’une athlète, le poids des années ne semble pas avoir d’incidence sur elle, à l’aube de ses cinquante ans. Mais elle a presque oublié ce qui pouvait également concourir à son épanouissement. Le frisson du désir qui renaît, et les battements convulsifs d’un cœur devenu bien trop solitaire …
« Aujourd’hui ?… tailleur turquoise avec une jupe assez courte … non, très courte !… corsage blanc et dessous assortis … mais j’ai quitté la veste, il fait bien trop chaud !… ». Le soleil insidieux caresse ses longues jambes brunies par les séances d’UV qu’elle ne manque pas de s’offrir durant l’hiver. « C’est bon pour le moral ! » dit-elle, cherchant toujours à justifier le bon usage de sa carte de crédit. Lentement, la tiédeur printanière s’insinue entre ses cuisses qui s’ouvrent en éventail sur un délicieux bien-être. « Tu abuses, c’est déjà le second bouton … », tandis que sa main droite glisse sous le corsage qu’elle vient de dégrafer sur les conseils avisés de son interlocuteur. Ses doigts effleurent délicatement la dentelle, avant de s’introduire dans le bonnet soyeux qui enveloppe son sein. Chacun de ses gestes est contrôlé par la Voix, sensuelle et envoûtante, qui la guide avec justesse vers un trouble qu’elle doit commenter dans le moindre détail …
Elle sent poindre sous la pulpe de son index un mamelon ardent, preuve de l’émoi que ce simple contact peut tout à coup provoquer. Elle se délecte lascive, de cette charmante sensation, presque virginale, et du plaisir qui commence à gonfler les voiles légères de son intimité. Continuant d’entourer de tendres attentions l’aréole de son téton bandé, elle soupire d’aise, les yeux fermés, à l’écoute de cette Voix dont elle ne peut plus se détacher. Tous ses sens sont en éveil afin de détecter la plus infime vibration de son corps devenu la corde sensible d’un instrument de volupté …
Soudain, elle bascule son siège en arrière et déploie ses jambes pour prendre son envol, quitte à venir brûler ses ailes au contact du désir impudique d’un soleil qui ne demande qu’à embraser sa peau. La jupe relevée sur le ventre, elle prend la température de son trouble en livrant son majeur à la moiteur de sa culotte trempée d’envie. Elle suit méticuleusement les instructions de la Voix, sans précipiter les choses, se contentant pour l’instant de la caresse de l’ourlet de ses lèvres, au travers de la soie qu’elle creuse d’un sillon léger. Du bout de l’ongle, elle explore les replis de sa vulve qu’elle semble redécouvrir, ripant au passage sur le bombé de son clitoris qu’elle décalotte dans un frisson d’extase. Grisante aventure aux confins d’un ressenti presque oublié, qu’elle exhume avec bonheur …
Un long soupir sature le micro du combiné quand la Voix lui suggère enfin de pousser un peu plus loin ses investigations. La main de l’irréprochable assistante du ministre plonge sans détour dans le triangle de dentelle gorgé d’un nectar qui répand ses effluves bien au-delà de la bienséance. Ses doigts errent avec délice dans les boucles humides de sa brune toison, avant de répondre à l’ultime requête de son maître à penser. Elle veut encore savourer cet instant trop méconnu, ressentir cette fièvre qui lentement se propage dans les méandres de sa conscience. L’emprise de la Voix est totale. Addiction porteuse d’un message qui égrène ses non-dits comme autant de fantasmes inassouvis. Chronique d’une jouissance annoncée …
Sa main glisse dangereusement vers son bouton de nacre, piège hostile au plaisir qu’elle se doit de faire durer. Elle évite de justesse le chaos, abandonnant son petit d’homme barbouillé d’écume à sa rage. Ses doigts s’engouffrent en duo dans le chemin escarpé d’une ivresse mielleuse dans laquelle elle se fond avec délectation. D’un doigté habile, elle délaye ses affres dans l’onde liquoreuse de son sexe gorgé de félicité. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Quelle force peut être à l’origine de cette vague de chaleur qui déferle au creux de ses reins ? La Voix … cette maudite Voix dont elle est prête à louer les bienfaits …
Elle apprend, explore et redécouvre chaque facette d’un plaisir qui la propulse vers l’inconnu. Elle ne reconnaît plus sa main dans l’instrument virtuose de cette jouissance qu’elle sent renaître dans son ventre. Tétanisée par des décharges extatiques qui électrisent ses sens, elle s’abandonne à l’intromission voluptueuse de ses doigts qui fouillent sans relâche son antre distendu. Le combiné lové dans le creux de son épaule, elle poursuit une lutte acharnée contre le démon qui la spirale et l’entraîne dans les abîmes du renoncement. La Voix lui interdit de rendre les armes et l’encourage à poursuivre sa quête vers l’absolu d’une jouissance qu’elle est en droit d’espérer …
Elle ne répond plus de rien. Ni de ses actes, ni à cette Voix qui se brouille dans l’effervescence du trouble qui la submerge et prend soudain la forme d’un long feulement de bête blessée, poussée dans les derniers retranchements d’un plaisir sans nom. Elle met à l’œuvre les dix doigts que peuvent compter ses deux mains pour briser l’intrigue de sa renaissance. Torturant son clitoris devenu le bouc émissaire des maux qui la tiraillent, elle le malmène avec vice pour gagner l’enfer divin de la capitulation. Elle sent palpiter sous ses doigts la déferlante qui va bientôt jaillir du labyrinthe qui l’a menée jusqu’à l’ultime étape de ce voyage improbable …
Ecartelée entre le désir d’en finir et celui de sonder les limites de l’intolérable, elle se rend enfin, sans concession. Un râle libérateur marque le terme de cette joute audacieuse, tandis que les spasmes de l’orgasme pilonnent son corps sacrifié sur l’autel de la luxure. Ses doigts assagis récoltent en abondance le fruit de son abandon, alors qu’elle tente de reprendre son souffle. Les battements de son cœur martèlent inlassablement le marbre de sa conscience pour y graver un souvenir qu’elle n’est pas prête d’oublier. Jetant un œil vague sur son poste de travail, elle cherche son clavier qui se balance au bout de son câble, de l’autre côté du bureau. Un parafeur a volé par terre, probablement balayé par un tsunami de même nature que le sien. Plus de trace non plus de la pomme qui a dû rouler sous un meuble, mais qu’importe, puisqu’elle savoure à présent le jus d’un autre fruit qu’elle lèche sur ses doigts …
Elle récupère le combiné échoué sur son ventre et le porte à son oreille attentive. La Voix s’est tue, comme pour rendre hommage à sa complaisance. Dans ce silence qui parle pour eux, ils se remémorent déjà tout ce qui a été perçu sans être vu. Un souffle fébrile, les effluves d’un parfum d’envie, la magie d’une Voix, la jouissance …
Et c’est elle qui aura le mot de la fin : « Merci … ».

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