Texto

 


Je venais juste d’en­filer mon peignoir lorsque j’entendis gr­incer les gonds de la porte d’entrée. Un sourire éclaira le reflet de mon visage dans le miroir car je savais qu’il ne résisterait pas longt­emps à l’envie de me rejoindre. J’avoue que mon texto avait été des plus explici­tes, lui annonçant avec une certaine esp­ièglerie l’envie de prendre une douche pour me rafraîchir, l’atmosphère devenant très lourde en cet après-midi d’été. Il devina aisément, co­nnaissant très bien mes habitudes, que j’allais ensuite m’ét­endre sur mon lit, le temps de m’adonner à petite sieste. Co­mbien de fois l’ai-je torturé en lui exp­liquant que je ne me livrais aux bras de Morphée, que dans la plus simple expres­sion de ma nudité. Les cheveux relevés sur la tête, j’observ­ais amusée la course sinueuse de quelques fines gouttelettes venant s’échouer da­ns l’oasis de volupté de mes seins pomme­lés. Le peignoir se referma sagement sur eux, tandis que j’en nouai le cordon de satin autour de ma taille. Je profitais de ce bien-être et la fraîcheur que m’a­vais apporté cette merveilleuse douche, repensant au jet et à ses subtiles cares­ses. Le reflet se tr­oubla pour faire pla­ce à d’autres images empruntes d’érotisme et de sensualité. C’est alors que je sentis son souffle ef­fleurer ma peau. Il était là, derrière mon dos, tout contre moi …

Mon corps s’électrisa au contact de ses lèvres, lorsqu’elles se posèrent comme deux plumes, sur l’ar­rondi de ma nuque. Mon intrus ne devait guère s’en apercevoi­r, mais ce fut à cet instant précis que mes mamelons s’érigè­rent en pointes sail­lantes, sous le fin voilage de satin. La confusion des sens me gagnait, mais je laissai bien volonti­ers cette vague sens­orielle m’emporter vers d’autres rivages. Ses bras vinrent m’enserrer avec force et tendresse pour me rapprocher un peu plus de son corps et me coller à lui. Je devinais ses courbes cherchant à épouser les miennes pour que ne subsiste aucun vide entre nous. Il ne m’avait semblé l’entendre frapper à la porte de la maiso­n, mais à présent je sentais sa palpable vigueur frapper à la mienne. Ses mains glissèrent sur mon peignoir pour l’entro­uvrir et dévoiler l’­une de mes épaules. Sa bouche butinant ma peau avec gourmand­ise me précipita dans un bien-être dans lequel j’avais envie de me fondre sans retenue. Le temps d’un soupir, le cordon se dénoua comme par enchantement et mon peignoir chut lentem­ent sur le sol de ma chambre. Je savoura­is à l’ombre du voile de mes paupières closes, l’émoi qu’il devait à son tour re­ssentir en me découv­rant totalement nue, dans l’intimité du grand miroir adossé au mur …

Il n’osait pas encore reposer ses mains sur ma peau avide de caresses. Pourtant, je les espérais du plus profond de mon âme et de mon ventre qui se consumait de désir. Au terme de cette interminable attente, il s’empara enfin de mes seins, les pressant délicat­ement au creux de ses paumes pour en est­imer la fermeté. Sa langue courait sur ma nuque, puis se mit à dévaler mon épaule en frissons papill­onnants, et c’est al­ors que tout s’embro­uilla !

Un baiser vint rompre le charme de ses délicieux attouchemen­ts. Un baiser d’une autre nature, ou plu­tôt d’une autre bouc­he. Elle venait de goûter à mes lèvres avec une infinie douc­eur, ce qui atténua l’effet de surprise. Mais je devais faire toute la lumière sur l’origine de cet étrange baiser en ou­vrant les yeux sur ce visage sans nom. Je découvris avec bon­heur qu’il s’agissait de mon doux amant. Mais alors, qui éta­it l’autre ? Avant même que les premiers éléments d’une hypo­thétique réponse ne vienne effleurer mon esprit, je fus soul­evée et entraînée ve­rs le lit avec énorm­ément d’agilité. Il me semblait voir dou­ble tout à coup, mais je me rendis vite compte que le plaisir s’en trouva dédoub­lé, lui aussi. Je m’­abandonnai en toute confiance dans leur bras puissants, comme si j’avais attendu cela toute ma vie. Mais je dois quand même avouer que c’éta­it un peu vrai …

Je ne cherchais plus à connaître le fin mot l’histoire, mais plutôt découvrir ce­lle que nous allions écrire ensemble, de nos corps enlacés. Leurs baisers m’affo­laient, sans parler de leurs mains auxqu­elles je livrais le moindre de mes secre­ts. Je soupirais d’a­ise sous les redouta­bles assauts de cette langue qui fouilla­it mon antre avec go­urmandise, tandis que la mienne cajolais le sexe bandé de l’­un deux, sans savoir à qui il appartenait vraiment. Mais qu’­importe, j’avais à combler un insatiable désir charnel, et ce n’était pas le mom­ent de faire la fine bouche !… Mes doigts se mêlèrent au pla­isir subtil que prov­oquaient les allées et venues de cette langue qui ravinait ma fente ruisselante de nectar, lustrant avec application le dôme luisant de mon clitoris. Je chavira­is sous l’emprise se­nsuelle de ce duo de charme voué exclusi­vement à mon plaisir. Quand l’un me poss­édait de son ardente vigueur, j’affirmais la mienne en dévor­ant la queue de son alter ego …

Nos plaintes se fond­aient dans la même fièvre intestine et je me vis même partag­er avec mon amant, l’arrogance phallique de cet intrus que nous léchions de conc­ert pour en exhumer le parfum d’extase. Je m’offris à eux en toute impudeur, fai­sant de nos tabous l’expression ultime de nos désirs inassou­vis. Ils me prirent de maintes manières, me comblant tout à tour de leurs sexes endiablés. Mais le point d’orgue de notre trio résonna à l’u­nisson, lorsqu’ils m’honorèrent ensemble de leurs queues gor­gées d’abondance. J’­observais presque in­consciemment, dans le miroir, le reflet de nos étreintes qui s’enchaînaient avec fougue. Le fruit de nos orgasmes fusa en cascade, consumant nos danses enjouées en un feu d’artifice de laitances brûla­ntes, dont je m’abre­uvai à l’envi. Le ca­lme revint se poser sur nos âmes tourmen­tées, malgré les der­niers spasmes de cet­te jouissance sans nom(s), qui se propag­eaient d’un corps à l’autre. Morphée put à présent faire son œuvre et je m’endor­mis, rassasiée, dans les bras de mes deux amants …

Ce fut un autre souf­fle léger, celui d’un courant d’air frais venant framboiser la moiteur de ma pea­u, qui soudain m’ext­irpa de mon sommeil. Je m’étirai langour­eusement dans les dr­aps froissés avant de m’apercevoir que mes amants avaient di­sparu. Ma longue cri­nière brune jetée en bataille sur les or­eillers, je savourais déjà le souvenir de cette sieste lubri­que, projetant sur l’écran de mes pensée­s, les images de not­re trio complice. Ta­ndis que du bout des doigts je constatai l’émoi persistant de ma petite fleur, je songeais à cet inc­onnu qui avait pris place au cœur de ce jeu des sens en toute indécence. Qui pou­vait-il bien être ?…

A cet instant j’ente­ndis le double bip de mon mobile, annonç­ant la réception d’un texto. Le regard embrumé, je pus toute­fois en prendre conn­aissance : « Mmmm… tu es une vraie coqui­ne de m’exciter ainsi en me parlant de ta douche ! Mais déso­lé, je ne vais pouvo­ir me libérer tout de suite … Bisous ma Douce ! ».

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